Rêverie de novembre

C’était un après-midi de novembre, le vent faisait virevolter les dernières feuilles accrochées encore aux arbres. Elle lui avait promis de venir sans faute pour un tea/coffee time. Les tasses étaient prêtes, il avait même pensé aux petits sablés au chocolat pour compléter ce moment de douceurs plein de promesse.

Il voulait ardemment prendre le temps de faire connaissance avec elle, il laissa son esprit vagabonder en l’attendant…

Elle frappe à sa porte, il jette un dernier regard à la pièce, rajoute des bougies sur la table, ajuste le son de la sono et lui ouvre avec son sourire qui dit la joie de la trouver là, au seuil de sa maison. Elle lui tend la main, avec malice, et il la prend en caressant le creux de sa paume et en remontant le long de son bras jusqu’à son épaule, pour lui enlever son écharpe qui dissimule son décolleté si généreux. Elle rougit et il la fait entrer sans la lâcher, la prenant par les hanches pour pénétrer dans le salon aux lumières tamisées par les bougies. Elle lui demande, amusée, s’il n’a pas trop chaud avec son pull, alors qu’elle n’a qu’un simple chemisier noir-mettant en valeur ses seins, remarque-t-il. Il sent ses mains parcourir son torse musclé et hop, son pull atterrit au sol sans qu’il puisse réagir. Il n’est pas en reste, et en réponse, il dégrafe son chemisier qui laisse entrevoir les courbes de sa poitrine enfermée dans un soyeux écrin rose, comme il aime. Il l’embrasse dans le creux et laisse descendre ses mains sur ses fesses,tout en les caressant lentement, sentant le tissu de la jupe sous ses doigts. Elle rit et soupire, elle va aller plus loin que lui, c’est certain. Elle parcourt son jean et, après s’être agacée sur les boutons, elle parvient à les défaire un à un, et à l’enlever tout en suivant le mouvement vertical du vêtement, remarquant au passage le boxer blanc qui met en valeur ce corps aux muscles dessinés. Il la relève en lui disant qu’il fait désormais chaud et qu’elle doit se mettre aussi à l’aise. Il la dirige vers le canapé où il l’allonge et observe avec désir ses courbes qui s’offrent à son regard, regard d’une intensité réciproque chez elle…mais il se relève rappelé par l’odeur du café, et il lui annonce qu’après le régal des yeux, et avant de pousser plus en avant dans la découverte des sens, il faut goûter ! Il lui souffle un baiser avant de…

Le vent s’est calmé dehors, un rayon de soleil frappe la fenêtre. On frappe à la porte.

 

#Archives #BrouillondaphnesqueNov2013

Après le tremblement de terre

Un gros fracas résonna dans la maison. Mais que se passe t-il donc? eut-elle à peine le temps de penser avant qu’une secousse, énorme et impressionnante, ne la parcoure tout le long de son être. Les bibelots tremblèrent sur les rayons de la bibliothèque.

La Terre s’était révoltée, le séisme de magnitude 4.9 avait réussi à faire naître cette angoissante sensation de ne pas maîtriser les éléments certes, mais aussi de n’être rien contre la force de la nature. En même temps, faire corps avec le vrombissement souterrain lui avait donné cette impression de participer à une sorte de grande fusion. La Terre avait bougé, il fallait qu’elle le fasse aussi.

Elle avala un croque-monsieur à la va-vite, et sortit pour attraper le train de 13h37 qui l’emmènerait à la réception annoncée à la radio depuis quinze jours comme un leitmotiv lancinant . Dire qu’elle ne s’était pas préparée à ce moment ! Peu importe, la vie solitaire l’avait conduite à une vie de sommeil, il fallait oser, se réveiller pour goûter la force du jour et le mystère de la nuit sans peur, sans crainte et sans remords.

Le videur la toisa de la tête aux pieds, mais la lueur de son regard la rassura. Elle ne devait pas trop paraître « provinciale » au milieu de cette assemblée parisienne et étrangère. Poussée par l’adrénaline, elle épousa l’atmosphère chaleureuse et insouciante avec une telle facilité qu’elle accepta le partage de son cocktail avec l’un des invités. Celui-ci la félicita sur son foulard léger aussi bleu que le curaçao versé dans leur verre. Il commença à jouer avec, allant resserrer l’étreinte autour de son cou gracile. Elle ferma les yeux, et sentit la bouche de l’autre se refermer sur la sienne dans un baiser avide et affamé.  Lien irrationnel mais évident. La soirée bascula dans un feu d’artifices de rire, de frottements, de chuchotements, de caresses  et de cris plus ou moins étouffés… Elle se réveilla le lendemain, hagarde, repue dans une grande suite donnant sur les toits de Paris.

Un trou noir avait fait place à l’euphorie. Paradoxalement, aucune crainte. Un sentiment de plénitude l’emplissait, surtout quand son regard vit la couverture d’un livre posé à terre, au pied de la bibliothèque.  » Après le tremblement de terre ». Elle sourit à cette dédicace du hasard.

oulimots S25 20/06

Retour à l’écrit

Des jours sont passés, des semaines écoulées en mois d’hiver où plus rien ne nourrissait l’inspiration.

Imagination sclérosée, ankylosant les mots qui se bousculaient, s’entrechoquaient, puis se dispersaient en écran de fumée.

Vapeurs d’idées nauséeuses, poussiéreuses ou trop sérieuses, écartées,chassées, atomisées.Choisir les lignes de fuite, ou la chute. Pas les artistiques, pas les esthétiques.

Refuser les effets de style, mais surinterpréter le texte de sa vie, se perdre dans les déliés, suspendre les points sans effacer les retours à la ligne.

Un jour, reprendre l’écriture, laisser jaillir le flot des mots sans retenue , goûter le plaisir de cette danse solo mais duelle , se laisser porter par le rythme, s’évader en disséminant les clés au fil du texte, semer les champs des idées aux résonances multiples.

Ecrire, c’est mettre un peu de soi et s’inventer beaucoup. Et inversement.

#monunivers

Urbex code

Il entendait le bruit de ses pas qui crissaient sur le revêtement bitumé. La nuit tombante et silencieuse ralentissait la cadence de sa marche. Les ombres projetées des lampadaires accompagnaient le silence de sa solitude. Le temps était compté. Il toucha sa serviette en cuir comme s’il s’agissait d’un talisman, pour se rassurer. Tout était bien en place, tel qu’on le lui avait assuré. Cette balade imposée le menait à proximité de la voie ferrée, juste après le passage du 18h40 dont il ressentait les vibrations retentissant au plus profond de son crâne. A lui en donner la nausée. Son coeur battit plus vite, sans qu’il sut pourquoi. Inspirer, expirer, lui avait dit sa partenaire de jeux, lors d’ébats particulièrement mouvementés. Il se répéta ce mantra à plusieurs reprises mais sans parvenir à retrouver un rythme cardiaque régulier et satisfaisant. Il se sentait oppressé, sûrement à cause du caractère mystérieux de sa mission.

Parvenu à la bicoque abandonnée de l’ancien garde-barrière, il défit l’emballage de son dernier caramel mou, le jeta négligemment par terre pendant qu’il engloutissait le bonbon goulument, shoot réconfortant mais éphémère. Un éclair stria l’obscurité à l’arrière de la maison, il en vit l’arc plonger derrière les rails. Il courut se réfugier à l’intérieur de la bâtisse humide en se battant d’abord avec le lierre suspendu au chambranle de la porte d’entrée. Étrangement, une pièce était éclairée par la lumière de gros spots, tous orientés vers le mur du fond. Une tenture de velours rouge en occupait une partie et descendait sur le sol jusqu’au seuil d’une cheminée. Invitation à suivre ce chemin borné mais ne menant à l’évidence nulle part. Il resta un moment hébété par cette lumière franche, ne trouvant aucun sens à cette scénographie. Il se retourna. Personne. La migraine écrasait à présent ses tympans et son cerveau. Il ne comprenait plus la raison de cette mise en scène, lui qui s’attendait à trouver un lieu désaffecté, à l’abandon, le voilà au milieu de ce qui semblait avoir été un salon, épargné par la ruine.

La chaleur diffuse, le rouge de ce tapis l’hypnotisaient. Il décida d’explorer en suivant la ligne douce de ce chemin balisé qui le menait assurément vers cette cheminée. Il savait quoi faire. Il déposa sa sacoche et en sortit le matériel adéquat, qu’il déposa contre le mur. Il ne restait plus qu’à déshabiller la belle : passer ses mains sous le manteau, frôler les jambages, maintenir le bandeau avant de pénétrer le cœur, ne pas s’arrêter à l’apparente dureté, en dessiner les courbes sans relâche puis la prendre à la gorge. S’y plonger avec précaution, toucher l’avaloir, délicate opération même si cette partie est soumise aux chocs thermiques incessants. C’est alors qu’il arrêta ses mouvements quand il sentit ce qui obstruait le conduit. Il ressortit pantelant de l’antre, maintenant sa découverte d’une main ferme. Il prit son appareil , le déplia et flasha sans plus attendre.

Il avait compris pourquoi on l’avait envoyé ici. A lui de continuer son travail de photographe urbex. Ici, était la dernière demeure de celui qui avait fait la Une des années auparavant. Les marques de la maison raconteraient son histoire.  Il ne ressentait plus de nausée mais plutôt le vertige de l’adrénaline. Cette première photo serait l’introduction de sa série. « Le cadavre du chemin de fer à la braguette fumante intrigue la police » sur le tapis rouge.

#oulimots2019 S20 16/05

Meurtre à la Une

« Le tueur d’Agen dépose un pruneau séché dans la bouche de ses victimes »

Cette Une l’interpella. Si maintenant les serial killer se faisaient cuisiniers, qu’en serait-il des jeux amoureux?, entendit-il auprès de lui.

Il se souvint de cette fille blonde au teint de poupée de porcelaine, rencontrée dans une soirée privée, tenue aguichante avec un body en dentelles qui laissait entrapercevoir un piercing noir au nombril.  Bouche rouge et sensuelle. Elle lui avait plu au premier coup d’œil, et ses saillies au milieu du cercle  que certains invités avaient formé autour d’elle prouvaient qu’elle ne se laisserait pas dominer aisément. Elle repoussait les avances de façon cinglante. Le jeu s’annonçait savoureux. Il voyait sa langue framboise chaque fois qu’elle riait, les yeux verts survolant le cercle comme si elle était en représentation, comédienne jouant un rôle pour oublier qui elle était. Décidément, il avait de grands projets pour elle, et il savait que la regarder ainsi, isolé des autres, attirerait son attention.  Venir à elle aurait été la proclamation trop évidente de ses intentions. Non, il lui suffisait de sourire de façon narquoise, dévoilant dans ses yeux noirs le désir brûlant qu’il avait de la posséder, non pas violemment mais avec gourmandise, comme un mets sucré salé qu’il aurait préparé avec dévotion et avec minutie. Ne faut-il pas choisir les meilleurs ingrédients pour obtenir le plaisir des papilles? Il porta à ses lèvres la coupe de champagne quand elle croisa franchement son regard. Respiration suspendue. Plus rien n’existait autour d’elle, il le devinait, alors il lui sourit.

Il jeta à peine un œil à l’illustration qu’on lui tendait. Il savait d’avance qu’ils auraient choisi de montrer la perle noire sous la dentelle pour qu’on puisse la reconnaître.

#oulimots2019